(Actualisé avec nomination du ministre de la Défense par intérim)
Le Parlement ukrainien a désigné jeudi Sergii Koretsky, jusqu'alors directeur général de Naftogaz, au poste de Premier ministre dans un climat de défiance à l'égard de Volodimir Zelensky, auquel la population reproche d'avoir évincé le populaire ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov.
Fait rarissime, la décision du président ukrainien de remanier l'équipe gouvernementale a entraîné jeudi des manifestations dans plusieurs villes du pays.
A Kyiv, la capitale, un millier personnes ont défilé pour demander aux cris de "Honte!" la réintégration du ministre de la Défense, un spécialiste des nouvelles technologies de 35 ans qui entendait moderniser l'armée et lutter contre la corruption.
Sur des pancartes, on pouvait lire "Pourquoi?" ou "Les Russes se réjouissent".
Le Parlement avait accepté mardi la démission surprise de Ioulia Svyrydenko, remerciée dimanche par Volodimir Zelensky après un peu moins d'un an à la tête du gouvernement, tout comme son équipe. Elle avait été nommée Première ministre le 17 juillet 2025.
Les députés ont approuvé jeudi la nomination de son successeur par 289 voix.
Sergii Koretsky, 48 ans, ingénieur de formation, occupait depuis mai 2025 la direction de la compagnie publique Naftogaz spécialisée dans le transport de gaz naturel, l'extraction, le raffinage et le transport de pétrole.
S'adressant aux députés avant le vote de jeudi, il s'est fixé trois objectifs : la défense de l'Ukraine, avec l'accent porté sur les drones, la stabilité économique et l'intégration du pays au sein de l'Union européenne.
Il est le troisième Premier ministre à être nommé en Ukraine depuis l'invasion russe de février 2022.
Le Parlement a ensuite entériné la composition partielle de la nouvelle équipe gouvernementale. Des sources parlementaires ont évoqué la perspective que le ministre sortant de l'Intérieur, Ihor Klymenko, remplace Mykhaïlo Fedorov à la Défense. Le ministre des Finances, Serhii Martchenko, conserve son poste.
ZELENSKY APPELLE À L'UNION
Alors que la nomination des ministres de la Défense et des Affaires étrangères relève de la prérogative du chef de l'Etat, Volodimir Zelensky a fait savoir jeudi soir qu'il avait décidé de nommer le directeur intérimaire des services de sécurité, Yevhenii Khmara, comme ministre de la Défense par intérim.
Mettant en avant le rôle de celui-ci dans la préparation des attaques de longue portée à l'intérieur du territoire russe, le président ukrainien a déclaré via la messagerie Telegram que cela constituait un atout pour occuper le poste de ministre de la Défense.
"Je lui ai demandé d'exercer les fonctions de ministre, de poursuivre la réforme du secteur de la défense et de garantir que l'Ukraine obtienne tous les résultats dont nous avons parlé", a-t-il écrit, ajoutant qu'il allait demander au Parlement d'approuver son choix.
Plus tôt dans la journée, Mykhaïlo Fedorov a déclaré à des journalistes qu'il avait décliné une offre de Volodimir Zelensky de devenir conseiller à la présidence.
L'ancien ministre de la Transformation numérique s'en est pris vivement au commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Oleksandr Syrskyi, qu'il a accusé d'avoir entravé sa mission.
"Au lieu de travailler à la manière de vaincre la Russie, (...) il a travaillé à diviser le pays", a-t-il déclaré, vêtu de ses traditionnels jeans et T-shirt. Mykhaïlo Fedorov avait été nommé à la Défense le 14 janvier dernier.
En fonction depuis 2024, le général Oleksandr Syrskyi, 60 ans, est critiqué pour sa rigidité tactique et hiérarchique qui serait à l'origine de pertes humaines importantes sur le terrain, selon des soldats.
A Kyiv, des manifestants ont exigé le limogeage de l'officier.
"Nous sommes en faveur d’une promotion, pas d’une rétrogradation", a déclaré l'un d'eux à Reuters, qualifiant Mykhaïlo Fedorov de responsable efficace et moderne. "Nous voyons des résultats, nous constatons des progrès évidents dans notre lutte pour la liberté."
Pavlo Ielizarov, commandant en second de l’armée de l’air ukrainienne et figure de proue de la guerre des drones, a annoncé jeudi sa démission en réaction à l'éviction de Mykhaïlo Fedorov, qualifiant cette décision de "grand mal" pour la défense de l’Ukraine.
"Le président n'est pas supposé prendre parti dans ce genre de situation en temps de guerre. (...) J'aimerais vraiment que nous restions unis", a réagi jeudi Volodimir Zelensky, visiblement énervé.
(Reportage d'Anna Pruchnicka, Olena Harmash, Max Hunder, Dan Peleschuk, Yuliia Dysa; version française Sophie Louet et Etienne Breban, édité par Jean Terzian)

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